C’est le nouveau canard pourchassé depuis la déclaration d’ouverture de la traque aux fraudeurs par le gouvernement Di Rupo.
Commençons par souligner que traquer la fraude ne me dérange pas, en effet, la fraude , fiscale ou sociale, est à combattre. Les règles sont les mêmes pour tous et il n’y a pas lieu d’accepter socialement ce comportement. Mais, il y a un mais…
D’abord, est-il acceptable de voir certaines catégories de la population désignée comme fraudeuses en puissance ? Encore faut-il être d’accord sur ce qu’est au juste la fraude.
Que celui qui n’a jamais payé une aide-ménagère, un jardinier, une petite-main ou un student ou accepté un petit job d’appoint de temps en temps, pour de menus travaux ou services au noir, me jette la première pierre.
Pour qu’il y ai fraude, cela (pré) suppose plusieurs conditions :
1. Un taux d’imposition (direct et indirect) en général mal accepté. Faut-il rappeler que la Belgique, si elle est un paradis fiscal pour les grands capitaux, est aussi un enfer fiscal pour ceux qui gagnent leur pain en travaillant, et ce, peu importe le régime (ouvrier, employé, indépendant).
Dès 35.060 EUR de revenus imposables bruts (donc moins de 3.000 EUR/mensuels) l’Etat vous prend 50% de vos revenus via l’IPP. Ensuite, avec les 50% qui resteront de cette tranche, l’Etat vous reprend encore 21% (pour le moment) de TVA sur vos biens de consommations , 21% sur les revenus de votre épargne (si cette dernière dépasse la tranche exonérée), le précompte immobilier, les taxes afférentes à votre voiture privée, les impots locaux et/ou régionaux, les taxes sur vos assurances et si vous décédiez, ne pensez pas que vos enfants profiteront au carré de vos économies, là aussi l’Etat (les régions) passeront ponctionner le pactole.
Mais les indépendants fraudent me direz-vous, d’ailleurs c’est la nouvelle coqueluche l’indépendant, pire encore, celui qui monte sa petite PMI et roule en voiture de société, celui là c’est carrément le diable ! Goudron et plumes pour le fraudeur !
1°. Nier la fraude je ne le ferai pas, mais oserais-je rappeler que si certains fraudent, il n’y a aucune raison de généraliser. Bcp d’indépendants oeuvrent dans des secteurs ou la fraude est mineure, voire inexistante.
Celui qui opte pour le statut d’indépendant est soumis aux mêmes impôts que n’importe quel contribuable. Ne croyez pas qu’il n’est jamais contrôlé, c’est faux ! De plus ce statut de privilégié fraudeur se traduit souvent par des heures de travail qui ferait hurler le premier syndicaliste du coin. Il s’expose à des risques commerciaux (déconfiture de clients, mauvais payeurs, procès, tâches administratives, pas de droit au chômage, couverture sociale moindre, surtout en cas de maladie, pension inférieure. Bref, vis ma vie d’indépendant et ensuite reparlons-en…
Mais quid du fraudeur patenté qui monte sa petite entreprise pour échapper à l’enfer fiscal ?
Soyons clairs, monter sa sprl, ca coute en moyenne 2.000 EUR (Notaire, plan financier, publications, inscriptions diverses). Il vous faut aussi vous engager pour un capital (c’est à dire une somme d’argent dont vous doterez la société) de 18.600 EUR, somme sur laquelle vous devrez au libérer immédiatement un tiers (si plus d’un associé) ou deux-tiers (si vous restez seul associé).
Cet argent n’appartient plus à l’aventurier entrepreneur mais bien à sa (nouvelle) entreprise ! La part du capital qu’il n’aurait pas libéré à la création, il devra l’allonger en cas de pépin, si faillite, le curateur vérifiera en premier, si le capital a été libéré. De plus, le fondateur d’une entreprise est solidaire de son entreprise et de son plan financier durant les 3 premières années de sa constitution. (Ca y est vous êtes déjà un peu refroidit ?)
Poule aux oeufs d’or la PMI -PME ?
Imaginons que tout marche bien et que le capitaine fraudeur fiscal, une fois payé la cotisation annuelle société (347,50 EUR que vous ayez gagné ou perdu de l’argent), payé le comptable (entre 1500 et 4000 EUR/an), les cotisations professionnelles, les assurances exploitations, enregistre un bénéfice de 100.
1. Pour bénéficier du taux réduit à l’isoc l’entrepreneur doit s’attribuer un minimum minimorum de 36.000 EUR de salaire (on s’éloigne déjà du type qui élude pour se payer une misère).
100-36 = 64
Sur les 36000, il paiera 21,5% de cotisations sociales, on retire donc 7.740 EUR et il reste 28.260 EUR de cette somme.
Le simulateur du spf finance, m’annonce, pour un indépendant célibataire qui déclarerait donc 36000 euros (30000+ 6000 de cotisations payées par sa société) un impôt à payer de 10.067,15 EUR
Donc de mes 36000 de départ moins 7740 de cotisations moins 10067,15 d’impôt, il reste 18192,85 EUR (soit à peine plus que la moitié)
2. Oui mais il a encore 64000 euros de bénéfice !
impôt des sociétés :
Base imposable 64000 (supposons qu’il n’y ai pas de dépenses non admises) : Comme le dividende dépasse 13%, notre fraudeur putatif perd le droit au taux réduit et la société sera imposée au taux de 33,99%
33,99% d’impôt sur 64.000 EUR = 21.753,60 EUR
Des 64.000-21.753,60, il reste un bénéfice net après-impôt de 42.246,40 EUR
Cet argent n’est pas encore dans la poche de notre Tartempion ! Pour le prélever il doit s’accorder des dividendes et il payera donc 21% de précompte dessus.
Supposons que grand seigneur il laisse 746,40 EUR de réserve dans sa société, et s’accorde 41.500 EUR de dividendes :
41.500 – 21% = 32.785 EUR
En résumé, après avoir travaillé comme un forcené, investit 18000 EUR à risque, notre valeureux fraudeur aura gagné 32.785EUR + 18.192EUR soit 50.977 EUR
Bref, des 100, il reste un peu moins de 51%
Maintenant imaginons celui qui ne joue pas et qui déclare tout en personne physique :
100.000 imposable de salaire
- 16000 de cotisations sociales
- 38633 EUR d’impôt
Il reste donc 45367 EUR (soit 45% du revenu de base)
Donc c’est vrai, le capitaine entrepreneur élude 5.000 EUR au passage en choisissant de monter une société.
5.000 EUR sur un revenu brut de 100.000 EUR (frais généraux déduits), de la toute grande fraude en somme, le prix du risque d’investir 18.000 EUR à risque, d’entreprendre, d’un jour peut-être engager du personnel. De consentir à dépenser plus en frais généraux (double comptabilité, publication des comptes annuels, taxe annuelle société, risque commercial).
C’est sûr, cette année on a trouvé le perdreau de l’année, le grand trafiquant profiteur, mais juste un détail, avant de gagner 100 comme indépendant, d’avoir certainement travaillé 10 ou 12h par jour sans être sur de gagner en bout de course, levez-vous de bonne heure !
Tous ces calculs ne sont pas délivré au millimètre près, il y a beaucoup de paramètre à prendre en compte, néanmoins, nous sommes très proche de la réalité. Alors de grâce, amis journalistes, politiques, syndicalistes, arrêtez de vous monter la bourriche contre l’indépendant-entrepreneur, il n’y a rien de pire que de monter les gens entre eux, pendant que les VRAIS responsables de ce beau merdier/désastre économique font la fête en comptant leurs milliards. Car la vraie et véritable fraude elle n’est pas ici !!!
Belle journée travailleurs ! ;-)